dimanche 20 janvier 2008

Minorités (in)visibles

Minorités (in)visibles


La France de la Liberté-égalité-fraternité saura-t-elle gérer sa diversité. La gauche a déçu les espoirs soulevés par " La marche des Beurs ". Elle a inventé le vocable « intégration » qui a fait diversion un moment mais ne leurre plus grand monde. A droite, on a parlé " discrimination positive ", avant de s’aventurer à quelques nominations d’éclat.

  • « Je souhaite que les élites françaises ressemblent à la diversité de la France. La diversité, il faut qu'elle soit à la base, mais il faut qu'elle soit aussi à la tête ».
    Nicolas Sarkozy, 8 février 2007.
  • « J’ai bien conscience du temps perdu. Et je me suis donc attaché à ce que la diversité de la société française puisse figurer au sein des instances de notre Parti socialiste comme à l’occasion des différentes élections (européennes, régionales et bientôt législatives). L’effort que nous avons fait est significatif même s’il reste encore insuffisant ; il faudra poursuivre dans cette voie ».
    François Hollande, 19 juillet 2006.

Le mot « diversité » est aujourd’hui sur toutes les lèvres, en passe même de supplanter celui d’ « intégration ». La « diversité » apparaît comme la formule miracle pour résoudre près de vingt ans de « retard français » dans le domaine de la lutte contre les discriminations.

Comme l’exprimait très bien le sociologue Abdelmalek Sayad, le fait même que l’on parle en France de « naturalisation » et non de « nationalisation » concernant le fait de devenir français tend à prouver que nous fonctionnons toujours implicitement sur une conception identitaire et culturelle de la citoyenneté, ce qui explique d’ailleurs que certains de nos concitoyens soient encore vus comme des « Français de papiers », c’est-à-dire des « nationalisés » mais pas encore tout à fait comme des « naturalisés ».

La première tentation est sans aucun doute celle de l’exotisme qui a déjà une longue histoire en France et qui renvoie à une colorisation superficielle et quasi folklorique de nos institutions publiques et privées. Elle ne se réduit pas simplement à la logique de l’alibi (candidats alibis, élis alibis, journalistes alibis, acteurs alibis..) qui consisterait à placer quelques « représentants » des dites « minorités visibles » pour se donner bonne conscience.

En somme, c’est une redistribution très partielle des cartes du pouvoir par une gestion essentiellement symbolique mais qui retarde évidemment la prise de conscience globale du problème, comme on l’a vu pendant de nombreuses années avec la mise en avant de « femmes potiches » par les partis politiques (PS, UDF, RPR, etc.) et les institutions officielles.

Comme l’affirmait Rachid Arhab, journaliste et aujourd’hui membre du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), « j’ai été le symbole qui a tué le symbole », signifiant par là que la visibilité d’un seul (la sienne) avait probablement contribué à retarder l’émergence de tous les autres. C’est certainement une phrase « choc » mais qui a au moins le mérite de mettre en exergue les limites d’une politique purement symbolique : elle rend visible « la minorité de la minorité » pour mieux laisser les autres dans l’invisibilité politique et médiatique.

Par ailleurs, la diversité exotique se trouve trop souvent couplée à une forme de sexisme à l’envers qui consiste à valoriser les femmes issues des « minorités », parce que réputées « apprivoisables » et « domesticables » au détriment des mâles jugés plus « farouches » et donc moins « contrôlables », ce qui, en retour, créé de nouveaux clichés et confortent les préjugés sur les difficultés d’adaptation des hommes issus des dites « minorités visibles ».

A l’heure actuelle, l’on peut regretter qu’elle contribue davantage à une certaine diversion, voire à une dispersion des questionnements, qu’à une véritable réflexion sur le refondation de notre vielle démocratie française : la quasi invisibilité des minorités dites pourtant « visibles » au sein de la nouvelle Assemblée nationale, élue le 17 juin dernier (une seule députée d’origine antillaise élue en métropole et aucun député issu des migrations maghrébines et africaines !), ne nous démentira pas.

reférence: http://www.anticolonial.net/spip.php?article120